Tête de Ryu
Fatigué;
Oui;
Mes bras portent les épées de mon clan et sans relâche, celles-ci s'élèvent contre ceux qui barreraient notre passage.
Monstres, magiciens, assassins et ennemis de tout acabit, qu'ils viennent, nous les attendons.
Mais;
Fatigué.
Tous les soirs du monde, je m'endors en quelques secondes et dors du sommeil d'un mort, sans rêves, sans images avec parfois la chance d'avoir mon aimée à mes côtés.
Et les combats viennent;
Toujours.
Bien.
Non.
Non, pas de sang, pas de cette sensation qui m'emplit de satisfaction, oui, mais pas de joie. Je veux me battre pour protéger ceux que j'aime. Jasna, Ania, Wayne, Yue, mes amis, enfin, ceux qui sont chers à mes yeux mais la vue du sang, l'adrénaline qui se propage dans mon corps lorsque je dégaine ma lame, que ce soit Haku ou cette autre arme du Clan, elle me laisse un goût si amer.
Oh allons, ça n'est sûrement pas si mal, tu as quand même l'air de t'y plaire?
Oui, et je sais à quel point ça serait facile. Facile de céder, de baisser les barrières de mon esprit et de débrider cette force, la laisser me mener au-delà de tout ce que je pourrais espérer. La force...
Oui, la force. La puissance. La précision. Cette possibilité d'avoir la chance de sauver tes "amis". D'arrêter ces joueurs qui veulent vous voir vous faire tuer pour le plaisir. Elle est là tu sais, juste à ta portée.
Suffit.
Je ne sais ce qui m'enrage le plus. De savoir ce qui nous attends après avoir détruit Akajiku ou bien de ne pas encore réussi à effacer cette horreur de ce monde. Tant de gens dépendent de cette quête et leur vie est maintenant si facile à détruire. Il suffirait d'un fou, d'une seule entité malsaine qui contournerait les défenses de la ville et il suffirait d'un sort, d'un seul pour anéhantir cette quête. Tant de choses dépendent de si peu.
Ania rêve de mort plus que jamais. La lourde responsabilité de sa charge lui pèse, comme un collier de bât mal ajusté et l'idée qu'elle sera responsable de la destruction du monde la torture. De nous tous, elle est la plus brave. En effet, depuis le premier jour, il y a toujours eu une mauvaise étoile pour cette jeune femme que je considère comme une petite soeur et pourtant, elle continue de vivre. Elle vit intensément tous les jours que les dieux nous laissent. Elle se donne, elle se tue à la tâche et elle ne sauve jamais de son énergie pour elle-même. Et elle est seule... si seule. Le support que nous pouvons lui offrir a ses limites. Ania a besoin de quelqu'un qui se préoccupe d'elle et d'elle seule. Quelqu'un qui lui ouvrira les portes d'un réconfort exclusif, un support inconditionnel et quelqu'un qui la prendra pour un être humain. Pas une arme, pas un outil, pas une entité de mort, pas une particularité de la nature. Quelqu'un qui la verra pour ce qu'elle est: une femme de chair et d'os, avec un coeur qui n'est pas froid comme la mort. Si Ania doit être la mort, alors il faut réviser notre perception de cette entité.
Wayne m'inquiète. J'ai une confiance aveugle en cet homme. Nous avons étés ensemble depuis notre plus jeune âge et je connais suffisament son caractère pour savoir que cette quête lui dévore l'esprit. Lui dire qu'il gardait trop de choses pour lui m'en a coûté. Je ne souhaitais pas l'offusquer et ça me terrifiais parce que ça n'étais jamais arrivé auparavant. Jamais la facade de Wayne n'avait eut besoin que je ne la contourne. Je savais qu'elle était là mais les circonstances ne justifiaient pas que je m'insère dans quelque chose que Wayne désirait visiblement taire. Mais, ça n'avait non-plus jamais été 'personnel' à ce point. Je suis heureux qu'il se soit ouvert à nous. Un sourire que je sais avoir paru très idiot m'est monté aux lèvres lorsqu'il a pris le temps de parler avec nous pendant que la grand-mère d'Imako parlait avec les autres. Wayne avait répondu à mon appel et cette marque de confiance m'avait et m'emplit toujours de joie.
Mais Wayne est un piège qui attend d'être déclenché. Il est comme cette fin du monde qui nous attends. Comme la magie qui s'accumule autour d'un être avant que son destin ne s'accomplisse et j'espère être là ce jour fatidique. Wayne est-il heureux? Son sourire, sincère? Je le crois incapable de supercherie mais je le connais comme un maître dans l'art de la dissimulation. Il serait atteint d'un mal incurable qu'il n'en parlerait pas de peur de mettre un poids supplémentaire sur nos épaules. Pour le moment, il semble satisfait, autant qu'on peut l'être, compte-tenu de la situation. Et son affection pour Anima fait plaisir à voir. Ils se méritent.
Je me demande bien d'ailleurs comment Anima réussit à s'y retrouver dans tout ça. Son arrivée était comme un soudain coup de vent et elle fut emportée dans le maëlstrom de notre quête. Leviathan semble s'entendre avec elle et son innocence fait plaisir à voir. Son courage aussi. Anima n'a pas encore tourné dos à ce qui lui arrivait et vu les circonstances, elle aurait eut tous les droits et toutes les raisons de le faire. Elle est, je crois, faite d'un matériau beaucoup plus solide que même Akajiku.
Et Jasna. Jasna que je regretterai toujours d'avoir entraînée dans cette quête. Elle a choisit, je sais et jamais je n'oserais lui dire que ses choix ne sont pas à mon goût et une partie de moi se réjouit de l'avoir à mes côtés. Bon, se réjouir n'est peut-être pas assez fort. Il y a une partie de moi qui exige que Jasna soit avec moi. Qu'elle soit à moi parce qu'en ce qui me concerne, il n'y a qu'elle. Certains me prendront bien pour un fou ou un sot, peut m'en chaux. Elle est libre de son destin et Jasna m'a fait découvrir que j'avais un espace vide dans mon coeur taillé juste pour elle. Quand je la vois blessée ou souffrante ou triste ou toutes ces choses à la fois, alors je sens un peu plus du poids de la responsabilité que nous portons tous de nous être engagé sur cette voie qui nous a mené et nous mènera encore sûrement à la tragédie. Jasna veut faire ses preuves. Elle a à sa disposition une puissance immense et sait s'en servir. L'occasion se présente parfois mais... pas assez pour elle, je pense. Et c'est en partie ma faute. Je ne veux pas qu'elle ait mal. Je ne veux pas voir son sang couler ou son visage se voiler de douleur. Elle m'est trop chère. Mais j'ai de plus en plus le sentiment de l'étouffer. Elle ne me dit rien sur cela et je crois parfois que c'est parce que mes craintes ne sont pas fondées. Je l'espère et tente plus souvent qu'autrement de mettre ma fougue de côté pour la laisser mener ses propres combats; qu'ils soient par la force ou par l'esprit.
Elle est la fougue, l'impulsion et la sincérité tout à la fois. D'uns pourraient qualifier son caractère d'intraitable voire même de mauvais mais je ne crois pas que ça soit tout à fait ça. Jasna est têtue, elle sait ce qu'elle veut... lorsqu'elle le décide et ne se gêne certainement pas pour le dire. Mais, c'est également une jeune femme. Une jeune femme très belle et réservée, selon la circonstance... qui est venue en possession d'un héritage d'une valeur inestimable et de qui l'on attend beaucoup. En cela, je la comprends. Un clan entier m'attends dans les îles et je ne sais ce qui se passera si ma mère ne s'éveille avant mes 21 ans... Je devrai invariablement prendre sa place puisqu'elle m'y a désigné. Quelles seront les responsablitiés de Jasna lorsqu'elle devra se trouver un espace, un jardin pour elle? Quels sont vraiment les rôles d'une Miama?
Pourrai-je espérer qu'un jour, elle accepte d'unir sa charge aux miennes?
Tu vas me rendre malade avec ta philantropie. Dors plutôt, tu vas nous donner mal à la tête.
Ces choses sont la toile de notre existence. Quel sera le motif de cette tapisserie lorsqu'elle s'achèvera et que le dernier fil sera coupé?
Ryu Ue
Humeur: ^__________^ pauvre Ryu, ça faisait un moment qu'il ne disait rien, voilà ce qu'il pense...
Musique: 'Dans la forêt des mal-aimés' Pierre Lapointe
3 novembre 2006
at 6:26 p.m.
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2 comments:
tes cool. En effet sa fait du bien de savoir ce qui se passe dans la tete de se petit Ryu
Bisou
Géniale
J'adore toujours les blogs de Ryu. Il est plus philosophique qu'il n'y parait.
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