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5 décembre 2006

GUERRE

Ils furent réveillés au milieu de la nuit par les cris effrayés de leurs femmes et les pleurs de leurs enfants. Dans la pénombre, au milieu de la faible lumière projetée par les braises encore fumantes des foyers, les hommes d'Hernystir durent chercher leurs épées dans le noir, ceux qui n'y parvenaient pas aggrippant la dague sans laquelle ils ne dormaient jamais. Dehors déjà, les cris d'effroi se changeaient en hurlements stridents, puis, se joint à ceux-là le chant métallique des premières lames s'entrecroisant.

Dreosan se précipita en dehors du corps de garde, la bouche pleine de jurons contre la boucle usée de sa ceinture, tentant tant bien que mal de s'équiper sans bousculer la foule de jeunes soldats qui se précipitaient dans tous les sens. des rugissements assourdissants leur provenaient de derrière les murs du Taig, des rugissements que Dreosan, en sa qualité d'homme du nord n'aurait jamais voulu entendre ailleurs que dans des contes pour enfants. Si les dieux étaient vraiment justes, pensa-t-il, quelle faute Hernystir avait-elle commise pour s'attirer des ennemis aussi puissants qu'une horde de Hünens? Et que faisaient donc les soldats du Taig?

Le ciel, jusqu'alors voilé par de sombres nuages se teinta d'ambre et ceux qui avaient encore le luxe de lever les yeux au ciel n'eurent qu'un instant pour admirer la beauté d'un ciel embrasé d'étoiles incandescentes. À peine avaient-ils eu le temps de tendre le bras vers leurs boucliers que les soldats accumulés dans l'enceinte du Taig furent criblés de flèches enflammées, chacune faisant mouche avec une précision mortelle. Sur la colline d'Iscrhinnich, le Chaudron se mit à sonner, appelant les alliés d'Hernystir à l'aide.

Les Hünens, géants du nord vêtus de peaux et portant au cou les crânes de leurs victimes descendirent la colline qui menait à la petite vallée où était nichée le Taig, couvrant la distance qui prenant normalement plusieurs heures à cheval en quelques minutes. Dans leur foulée les précédaient toute une horde de monstres; gobelins, orcs et loups sauvages mais des archers qui avaient inondé le Taig d'une pluie de feu, nulle trace.

La vague de ces horreurs se brisa sur les murs solides du Taig mais les Hünens, en avantage de taille eurent tôt fait de déraciner les larges troncs qui en formaient la base, les jetant ça et là, au fi de leur alliés et de leurs ennemis. La masse grondante à leurs pieds s'écartait avec des cris rageurs mais nul n'osa les affronter. Bientôt, une brèche suffisamment grande dans le mur permit à un flot de monstres de s'engloutir dans la ville. N'ayant eu que peu de temps pour se préparer, les citoyens du Taig n'avaient pu qu'élever une maigre barricade derrière laquelle se terraient des lanciers dont les mains moites menaçaient à tout instant de laisser tomber leurs lourdes armes. D'un revers d'un de leurs larges gourdins, les Hünens les éparpillèrent ça et là, à la merci des loups qui se ruaient sur les corps offerts avec des hurlements à glacer le sang de ceux qui en avait encore coulant dans leurs veines.

Dans la cour du Taig, Dreosan hurlait à qui voulait l'entendre, tentant de rassembler les troupes survivantes. Les soldats éparpillés écarquillaient les yeux de peur, plusieurs d'entre eux se terrant sous les toits et les rabats de la citadelle. Une deuxième volée de flèches avait suivit la première de peu et si moins d'hommes étaient tombés sous les coups de celle-ci, plusieurs d'entre-eux avaient été pris d'une frayeur qui prenait racine dans l'ombre des temps. Un homme avait identifié une flèche, toute de blanc empennée et les runes marquées le long de la hampe; les Renards Blancs! Des démons du nord, pires que les Hünens et une légende revenue à la vie. Si les Hünens servaient de démons pour faire peur aux enfants, la mention seule des Renards Blancs suffisaient à faire taire une compagnie entière d'hommes bien armés et aguerris. Si ces diables s'étaient alliés avec cette armée de monstres, alors Hernystir avait vraiment perdu la faveur des dieux.

Où était le roi? Où était Lluth alors que son peuple se faisait massacrer dans la noirceur de la nuit?

Le tonnerre se mit à gronder et Dreosan jura encore abondamment. Si la pluie se mettait à tomber maintenant, c'en était fini du peu de résistance que lui et les hommes survivants pourraient offrir. Il allait lancer un cri pour la retraite; peut-être espérait-il, arriveraient-ils à se barricader dans les halls de la citadelle lorsqu'un éclair foudroya la cour intérieure. Aveuglé, Dreosan chercha à tâtons pendant un moment et mit la main sur l'épaule d'un de ses hommes. Il approcha son visage de son compagnon d'infortune, recouvrant la vue peu à peu. Sa première vision lui fit souhaiter n'avoir jamais recouvré l'usage de ses yeux.

Il avait posé la main sur un cadavre. L'homme qu'il avait touché était mort sur ses pieds, touché par la foudre et calciné en un instant. Le corps, horriblement brûlé fumait encore et commença à se détacher en pièces charbonneuses. Dreosan recula, ravalant la bile qui lui remontait dans la gorge et leva le regard vers les marches qui menaient au Taig. Ce qu'il y vit fut pire que l'homme qui gisait en cendres à ses pieds. Une figure sépulcrale se tenait debout au sommet des escaliers, le capuchon d'une cape blanche comme neige repoussé, dévoilant une créature diabolique aux yeux d'onyx et aux lèvres retroussées dans un rictus qui dévoilait un rang de dents aussi blanches que la cape et des gencives si rouges qu'elles auraient pu être faites de sang entièrement. Un Renard Blanc se tenait là, avec dans sa main une dague souillée de sang. Son sourire, s'il en était un, s'élargit lorsqu'il vit Dreosan debout sous le proche de l'écurie. Vraisemblablement, il était le dernier homme debout de tout le Taig. En dehors des murs, les cris avaient cessés mais les grognements et les rugissements des monstres n'avaient pas diminués.

Ton roi est mort, humain et bientôt, toi aussi.

Dreosan crut entendre les paroles résonner dans son esprit. Le Renard Blanc n'avait pas esquissé un geste mais l'homme n'aurait pas pu bouger s'il avait voulu tant son coeur était saisi de terreur. Un autre éclair fendit l'air. Dreosan ne cligna pas des yeux. Lorsqu'il recouvra la vue de nouveau, de longues minutes plus tard, le Renard Blanc avait disparu.

Le roi!

Animé par un instinct plus puissant que sa peur latente, Dreosan se précipita dans les escaliers et gravit les marches du Taig deux à la fois. Son entrée dans le Hall résonna dans la pièce étrangement silencieuse. Au fond, sur le trône, Lluth agonisait, sa fille Maegwin à ses pieds, pleurant. Une fumée âcre emplissait la pièce et sur le sol, les cadavres des membres de la famille royale jonchaient le sols. Ceux-ci n'avaient pas été tués par des monstres sauvages nota Dreosan en passant rapidement entre eux. C'était l'oeuvre des Renards Blancs, chaque coup précis et mortel. Sur son trône, Lluth gémissait, un filet de sang s'écoulant de sa bouche à chque expiration rauque.

Dreosan s'élança et aggripa le roi sous les aisselles. Maegwin, surprise par son arrivée s'était levée pour protester mais quand le soldat lui intima d'un geste de la tête de mener le chemin vers les anti-chambres du palais, elle comprit et se faufila devant lui, ouvrant et refermant les portes devant lui et son fardeau royal.

Le trio déboucha dans les cuisines de la citadelle où s'étaient barricadé une bonne partie de la maisonnée. Avec l'aide supplémentaire de ces bras et des quelques soldats qu'il avait pu rallier en chemin, Dreosan mena tout ce monde vers l'arrière de la citadelle et rapidement, sur les plaines sombres qui menaient aux montagnes de Grianspog. Les collines étaient riches de tunnels et d'anciennes grottes qui dataient d'un autre temps et Dreosan savait y trouver un refuge pour ce qui restait des survivants du Taig.

Dans leur fuite, l'homme du nord prit un temps pour se retourner et marquer dans son esprit l'image du Taig, couronné de flammes et habité par une horde de créatures monstrueuses. Il jura qu'Hernystir retrouverait un jour son pays et aurait sa vengeance. Mais pour le moment, il fallait fuir.

Fuir dans la nuit.

Aaridys
'Destiny is what you make of it.'

Humeur: Mmm... épique
Musique: 'Safe Passage' Last Samurai OST