Pour la première fois depuis longtemps, il souhaita être mort et pour la première fois depuis longtemps, il ressentit au plus profond de lui-même cette vie qui battait dans ses veines et qui l'éloignait chaque jour un peu plus d'elle.
Il la crut d'abord vivante. Contre toute attente, là, devant lui, de chair et d'os et bel et bien vivante; un rêve devenu réalité. Mais trop longtemps son esprit l'avait tourmenté sur ce sujet et aujourd'hui il était trop tard. Son trépas était déjà gravé dans son coeur; n'avait-il pas lui-même assisté à ses derniers moments? Ses rêves avaient brûlés depuis des lunes et c'est avec une précision froide et calculée qu'il se convainquit qu'il avait devant lui une apparition. Une fuguace vue sur ce qui l'attendait. Elle avait tendu les mains vers lui...
Peu de mois s'étaient écoulés depuis son départ de la cité Heaven et pourtant, parmis ce groupe rocambolesque dont la plupart des membres étaient beaucoup trop jeunes pour porter le poids de telles responsabilités, il avait trouvé un semblant de place. Il avait voulu vivre pour que d'autres puissent continuer de sourire. Un bien fragile équilibre.
Son château de cartes gisait encore une fois sur la table; soufflé par le retour d'une douleur longtemps oubliée. Un pincement lancinant qui ne l'avait pas visité depuis qu'il avait faillit mourir contre l'homme de sable. Mais cette fois, ce n'était pas la peur de la mort qui lui faisait mal. C'était la constatation désolante que sa vie n'était qu'un passage dans lequel il se ruait avec urgence, un tunnel vers un autre temps, un autre monde. Vers elle. Il ignorait les douleurs de sa chair, le sang qui s'écoulait de sa gorge après chaque effort, la pourriture dans sa poitrine. Pour lui, ces signaux sont sans importance.
De son vivant, ils avaient rarement pu se croiser. Elle le croyait nobliau, arrogant, voire même hautain mais son coeur battait quand même pour lui. Alors que jeune fille d'à peine quatorze ans elle l'avait entrevu pour la première fois; dix-huit ans et premier envoi de son père du comté de Nad Mullach, déjà son sourire lui avait fait entrevoir quelque chose de plus. Mais elle était bien trop fière et grandit bien vite en se croyant souvent trop grande et trop garçonne pour une princesse. En tant qu'ambassadeur, le jeune comte se présentait rarement à la cour mais quand il s'y trouvait, il avait toujours un sourire pour la fille unique de Lluth, même si elle le lui rendait de moins en moins.
Ils ne purent jamais s'offrir plus que des sourires fugaces. Et elle, son esprit tordit bientôt ses sentiments. Les femmes de la cour étaient petites, fragiles et se plaisaient à la broderie et aux concours de poésie. Elle préférait s'occuper de régler les petits différents du royaume et monter à cheval. Elle crut bien vite ne pas avoir sa place et en vint à se mépriser elle-même comme femme. Les attentions d'Éolair, simples et souvent bien discrètes la remplissaient de colère. Elle le croyait obséquieux et cherchant à obtenir quelque faveur de son père à travers elle.
Mais il était trop tard. Il s'était lamenté longtemps d'avoir jeté son dévolu sur femme pareille puisqu'il lui paraissait de plus en plus évident qu'elle le méprisait. Mais parfois, lorsque la colère la prenait et qu'elle ne pensait plus ses paroles, quelques mots lui échappaient qui lui faisait croire que peut-être... Elle l'épiait souvent, il avait remarqué mais ne pouvant jamais être sûr, il préféra s'abstenir. Son tempérament le laissait confus et isolé. Un instant elle riait et lui offrait le bonheur de sa compagnie et l'autre son visage devenait de marbre et lui exprimait clairement son rejet. Et lui, trop réservé, se refusa à dire quoique ce soit.
Puis, elle mourrut et juste avant son trépas, elle lui conta tout cela et il réalisa l'erreur de leurs sentiments et la supplia de reprendre goût à la vie. Mais pour elle, la mort était déjà passée.
Et aujourd'hui, il l'avait revue et il s'était souvenu de tout cela encore et il avait souhaité que son coeur ne s'arrête de lui-même car jamais il ne poserait le geste fatal qui le pousserait vers l'abîme. Mais la déesse était apparue et avait repoussé le mal. Mircha était venue et leur avait tous intimé de continuer, de vivre.
Il fit la seule chose qu'il savait pourrait noyer son esprit et lui faire retrouver sa tête. Il oublia qu'il était en vie. Ses pensées se tournèrent vers la tâche à accomplir et elle seule lui permit de mettre le pied à l'étrier et de s'engager encore une fois sur la route. Le roi Wayne lui offrit ses troupes et il se perdit dans l'élaboration du plan qui permettrait de chasser les suppôts de Raven du pays d'Hernystir. Il reverrait Nad Mullach, sa terre, son coeur.
Aaridys
'Chevalière en armure... 25 cm de neige... noooon!'
Un an ma douce et je sais que tu m'appelles. Éolair de Nad Mullach
Musique: Le vent... grrr...
Humeur: Ça va.
2 mars 2007
at 12:59 a.m.
S'abonner à :
Publier des commentaires (Atom)

2 comments:
J'aime le passé romantique de ton nouveau perso. *S
ouin je suis de plus en plus curieuse de savoir le passé d'Éolair.
Mais j'aime bien son coté noble mystérieux.
Publier un commentaire